Photographie
Cette rubrique propose une approche visuelle du thème des villes invisibles, à travers les approches artistiques d'un peintre et d'un photographe.
Le photographe Sylvain Heraud a également été très inspiré par les Villes invisibles d'Italo Calvino. Il va bientôt faire paraître un ouvrage: Les Demeures invisibles, présentant sept villes invisibles. Voici en avant-première quelques images de trois d'entre elles.
Les photographies présentées dans ce livre ont été prises dans des lieux variés : villas, châteaux, usines... La grande majorité d'entre eux sont à l'abandon, et se trouvent dans un état de décadence plus ou moins avancé. La démarche photographique, débutée en 2010, va ici permettre de valoriser ces sites et de leur rendre un dernier hommage.
Ce travail s'articule en plusieurs séries. Chaque cliché représente des intérieurs de bâtiments, qui pourraient appartenir aux villes imaginaires décrites dans l'oeuvre d'Italo Calvino. Ces séries s'approprient ainsi les villes du livre, et retranscrivent le fonctionnement et l'architecture de chacune d'elles.
Bersabée
Cette série photo se réfère à la ville de Bersabée.
Il se répand à Bersabée une croyance slon laquelle il y aurait deux autres villes analogues. Une Bersabée qui serait suspendue dans le ciel, et qui serait construite uniquement de matériaux nobles. En parallèle existerait une Bersabée souterraine et infernale, jumelle à la première, mais dans un état d'insalubrité en totale opposition à la magnificience de sa soeur céleste: sale et non soignée, elle est destinée au mépris et à l'abandon.





Les photographies ont été prises dans différents sites dont l'architecture renvoie à la magnificence des palais flamboyants de la Bersabée céleste. Ils ont néanmoins été laissés à l'abandon, et incarnent ainsi des demeures abandonnées de la Bersabée d'en bas. Leurs textutres évoluent à travers le temps : certaines couleurs s'effacent quand d'autres teintes apparaissent. Dans la bersabée souterraine et dans les sites photographiés, les demeures évoluent au rythme des jeux de couleurs.
Eutropie
Cette série photo se réfère à la ville d'Eutropie.
Le voyageur qui arrive à Eutropie ne trouve pas une ville mais plusieurs, toutes semblables. Une seule d'entre elles est habitée, les autres sont vides; et ceci, chacune à tour de rôle. Lorsque les habitants d'Eutropie sont las de leur quotidien, ils décident tous de déménager dans la ville voisine où les attend une nouvelle vie: nouveau conjoint, nouveau travail, nouveaux passe-temps, nouvelles relations... Ainsi va la vie à Eutropie, de déménagement en déménagement.





Les photographies de cette série présentent essentiellement des intérieurs de bâtiments, où la vie semble s'être arrêtée sans prévenir. Toujours garnis d'anciens objets, ces lieux semblent avoir été désertés, sans qu'une deuxième vie ne leur ait été offerte. A Eutropie ou dans ces bâtiments, les habitants n'ont pu ou n'ont eu l'envie de récupérer leurs biens. Ces derniers résistent et persistent au temps qui passe, alors que leurs propriétaires s'en sont allés, sans leur réserver un plus noble destin.
Penthésilée
Cette série photo se réfère à la ville de Penthésilée.
On peut marcher à Penthésilée pendant des heures, sans savoir si l'on est au milieu de la ville ou si l'on est au-dehors. Penthésilée s'étend en amas urbains dispersés sur les plaines alentour. De pauvres constructions alternent avec des terrains vagues, qui eux-mêmes succèdent à des faubourgs fatigués. Et lorque l'on demande son chemin, les habitants de Penthésilée font de larges gestes circulaires qui signifient tout autant "ici" que "là-bas" ou "plus loin".... S'aventurer à Penthésilée revient à parcourir un territoire décadent sans centre ni périphérie reconnaissables, dont on finirait même par se demander s'il est encore possible d'en sortir.





Les photographies de cette série présentent des lieux où la nature a repris ses droits : les arbres poussent dans les bâtiments, la végétation s'empare des façades et investit les lieux, la flore absorbe tout sur son passage. L'architecture et la nature s'entremêlent, abolissant la frontière entre intérieur et extérieur des bâtiments ; tout comme le méandre de Penthésilée qui égare chacun de ses visiteurs.
